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title: 'Du Sinaï au Champ-de-Mars : François Ost entre droit et littérature'
author: Benoit Frydman
language: fr
date: 2018
canonical_url: https://benoitfrydman.com/fr/chapitre-douvrage/2018-du-sinai-au-champ-de-mars-francois-ost-entre-droit-et-litte/
doi: 10.4000/books.pusl.23673
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D*u Sinaï au Champ-de-Mars*[^1]. *L'autre et le même au fondement du droit*, éd.
Lessius, 1999 (ci-après abrégé *Du Sinaï*).] n'est pas le livre le
plus connu de François Ost, mais c'est à mes yeux un livre important
tant par le problème fondamental qu'il explore que par la position
singulière qu'il occupe dans l'œuvre de l'auteur. La publication de
l'ouvrage date de 1999, mais il faut remonter quelques années plus tôt
pour en trouver la genèse. L'essai constitue en effet la version
remaniée de la contribution de François Ost aux travaux que le Séminaire
interdisciplinaire d'études juridiques (SIEJ) avaient consacrés sous sa
direction, de 1993 à 1996, au thème _Droit négocié, droit
imposé ?_[^2] Son titre initial jouait avec le
texte un peu austère du premier alinéa de l'article 1134 du Code civil :
« Les lois conventionnellement formées tiennent lieu de conventions à
celles qui les ont faites »[^3], op. cit., pp. 17-107.].

J'ai eu la chance de participer pendant ces trois années aux travaux de
ce Séminaire, où j'avais été accueilli à bras ouverts, comme tant
d'autres avant et après moi, par Michel van de Kerchove et François Ost.
Leur bienveillance et leurs encouragements ont, dans la dynamique
collective très constructive du SIEJ, accompagné mes premiers pas de
doctorant. Ils ont accueilli mes premières publications[^4] a accueilli mon premier
article : « Philologie et exégèse : un cas d'herméneutique comparée »,
*RIEJ*, 1994.33, pp. 59-83. -- J'ai également pu contribuer aux
travaux du SIEJ par un exposé et un article : « Négociation ou
marchandage ? De l'éthique de la discussion au droit de la
négociation », in *Droit négocié, droit imposé ?*, op. cit., pp.
231-252.]. J'en garde un souvenir vivant et convivial jusqu'à
aujourd'hui et suis heureux de pouvoir exprimer à nouveau ma gratitude à
l'occasion de cet hommage.

La reprise par François Ost de son travail, ainsi remis sur le métier et
qui le sera encore après avoir pris et mesuré le temps du
droit[^5], Bruxelles, Publications F.U.S.L., 1999.], qui est
aussi celui de la fiction, signale la lente maturation en cours d'un
grand projet. La traversée *Du Sinaï au Champ-de-Mars* témoigne en
effet d'une transition importante dans l'œuvre de François Ost. Au
départ de réflexions conceptuelles de théorie du droit, elle entame un
cheminement vers le lait et le miel de la littérature. C'est d'ailleurs,
je crois, la première contribution de François Ost aux études de « droit
et littérature »[^6], p. 25, note 53).], qui devient la même année le nouveau thème
central d'investigation du SIEJ[^7], Publications F.U.S.L., 2001. Pour François Ost
cependant, ce n'est pas un thème comme un autre, mais l'ouverture d'un
champ de recherches et de publications, tant collectives
qu'individuelles, particulièrement fécond, qu'il mènera désormais en
parallèle avec ses travaux de théorie du droit.]. La plus grande part du
livre est en effet consacrée aux analyses de grands « textes
littéraires »[^8] tirés, d'une part, de
l'*Exode* et, de l'autre, des tragédies d'Eschyle et de Sophocle,
qui seront à nouveau reprises et amplifiées, cinq ans plus tard, dans
l'ouvrage *Raconter la loi*[^9], Odille Jacob, 2004.].

Ce passage au désert a peut-être ainsi permis à l'auteur de se chercher
lui-même, de se confronter à ses désirs et à ses tentations, de mûrir
une évolution, qui n'est certainement pas une rupture ni même un
tournant, mais plutôt la voie d'un accomplissement de sa vocation
d'auteur[^10]. Tous les lecteurs de
François Ost savent depuis toujours qu'il est une plume, que le fécond
théoricien du droit dissimule mal un écrivain rentré, qui réclame avec
de plus en plus d'insistance son billet de sortie. Chez lui, la
métaphore n'est plus une figure de style, mais un outil de la pensée qui
creuse les significations et structure les concepts. Avec Hermès, son
juge modèle, qu'il nous propose comme une alternative tant au juge
Hercule de Dworkin, lequel n'est guère plus qu'un surnom, qu'au modèle
jupitérien de la loi en majesté, François Ost a déjà investi la figure
du mythe[^11]. Hermès, qui
viendra d'ailleurs se rappeler au bon souvenir du lecteur dans la
conclusion de l'essai[^12], dépasse la simple allégorie. C'est le motif
qui se trame et s'enrichit sans cesse sur le métier d'une pensée en
mouvement, auquel il ne manque plus que de s'inscrire dans la durée d'un
récit.

La distance dans le temps et dans l'espace entre le Sinaï et le
Champ-de-Mars correspond aussi, dans le livre, à celle à franchir entre
la méditation sur le récit fondateur et l'analyse des spéculations
philosophiques sur le contrat social. On enseigne que la philosophie
serait née en libérant la réflexion sur le monde de la gangue des mythes
et des généalogies. Platon lui-même ne cesse de proclamer la supériorité
de la pensée dialogique (*logos*) sur les récits (*mythos*)
séducteurs et trompeurs du poète et du sophiste. Pourtant, il ne résiste
pas dans ses dialogues à placer dans la bouche de Socrate et de ses
interlocuteurs des mythes qui constituent encore pour le lecteur
d'aujourd'hui les parties les plus savoureuses de ses
oeuvres[^13]. C'est que le mythe, ainsi
que l'écrivait Claude Lévi-Strauss, est « bon à penser » comme on dit
d'un fruit qu'il est « bon à manger ».

François Ost emprunte en sens inverse le chemin d'un retour aux grands
récits, qu'il entreprend de cuisiner au fourneau de la recherche pour
convier ses lecteurs au grand banquet du sens, mais sans renoncer pour
autant aux techniques de l'analyse et du commentaire des textes
philosophiques et juridiques. Il revendique d'ailleurs ce mélange des
genres et le justifie dans un passage qui mérite d'être cité _in
extenso_ car il explique la méthode qu'il a conçu pour progresser sur la
voie nouvelle, ouverte par le récit, dans laquelle il engage son œuvre :



> « (…) il nous faut encore répondre à l'étonnement que pourrait susciter
> l'utilisation que nous faisons -- et qui pourrait paraître passablement
> éclectique -- de textes littéraires en alternance avec des analyses
> philosophiques et des commentaires juridiques. Cette option est
> délibérée ; elle répond à un objectif de méthode qui consiste à combiner
> les ressources du discours narratif à celles du discours argumentatif.
> De cette mise en résonance de l'événement et du concept, nous attendons
> un renforcement de leur pouvoir respectif : puissance heuristique du
> récit et pouvoir analytique de la théorie. Les grands récits sont une
> source inépuisable de sens ; ils gagnent cependant à passer par le
> creuset de l'analyse théorique pour déployer leurs virtualités et
> articuler leurs différentes dimensions. En définitive, c'est toujours à
> un travail d'élucidation du sens des produits sociaux (textes,
> événements et pratiques) qu'il s'agit de se livrer ; mais si c'est le
> récit qui ouvre la voie, il revient à l'analyse de l'aménager ».



Ce premier mouvement vers la littérature en annonce un second qui fera
passer François Ost de l'autre côté du miroir de la fiction. Passage
autrement délicat de la science à la littérature, du statut d'écrivant à
celui d'écrivain, dont témoigne le cas Roland Barthes. L'auteur des
*Mythologies*[^14] aura mis d'une certaine façon toute son œuvre à essayer de
franchir, sans véritablement y réussir en dépit d'un désir évident et
d'un talent éclatant. Il a sans doute été retenu par la peur, celle de
donner lui-même dans des conventions, que mieux que personne il avait su
exhiber, d'un genre dont il avait lui-même annoncé la fin. Ou peut-être
davantage encore, la peur de se dévoiler trop intimement dans la fiction
derrière lequel l'auteur espère en vain se dissimuler. François pose
quant à lui ce second pas dans la foulée du premier. Dès 2004, l'année
de *Raconter la loi*, il publie sa première pièce de théâtre,
*Antigone voilée*[^15], qui est aussi sa première « contribution
littéraire »[^16]. « Il faut accorder tout son poids à l'adjectif
'littéraire', c'est François Ost qui parle, car une pièce de théâtre est
évidemment plus, et autre chose, qu'un débat d'idées ou l'exposé de
doctrines savantes »[^17]. Et il ajoute : « Laboratoire
expérimental de l'humain, pierre de touche du jugement moral en
situation, la littérature rouvre le champ des possibles, ne reculant pas
devant les passages à la limite les plus
audacieux »[^18].

Ici encore, François Ost effectue ce « passage à la limite » dans la
continuité de sa trajectoire. Il prend appui sur le chef d'œuvre de
Sophocle, auquel il avait consacré une première analyse, très juste
d'ailleurs, dans l'essai *Du Sinaï*[^19].
Depuis, le mythe n'a cessé de le hanter. Il dirige d'ailleurs, toujours
en 2004, avec Lambros Couloubaritsis, l'ouvrage d'analyses
*Antigone et la résistance civile*[^20], auquel très exceptionnellement il ne contribue pas. Mais
il lui consacre un long chapitre dans son livre _Raconter la
loi_[^21]. Si le texte de Sophocle et le mythe qu'il met en scène
instituent une possibilité de parler et d'écrire, il ne s'agit plus dans
l'*Antigone voilée* « de dire enfin *ici* ce qui était
articulé silencieusement *là-bas* »[^22], suivant le registre du commentaire, mais bien de faire œuvre
littéraire de création et d'action. En donnant vie et chair au
personnage d'Aïcha, en mobilisant le mythe d'Antigone dans le débat
passionné et bientôt politique sur le port du voile à l'école, qui
focalise toutes les conversations, en conférant ainsi, à contre-courant
d'une partie de l'opinion et de l'intelligentsia très remontée sur la
question, de la dignité et du respect à ces jeunes filles stigmatisées
et exclues, François Ost s'engage dans le débat public et se dévoile
pour le coup lui-même beaucoup plus avant que dans la plupart de ses
ouvrages théoriques. Son théâtre est plus proche de celui de Sartre que
de Claudel. L'auteur des *Mouches* n'avait-il pas d'ailleurs pour
sa première pièce, puisé lui aussi son inspiration dans l'un des
épisodes de l'Orestie[^23], qui retiendra également
François Ost dans ses premières analyses littéraires ?[^24]

Ce passage à l'acte littéraire de l'*Antigone voilée* se manifeste
encore dans le souhait exprimé avec force par l'auteur que sa pièce soit
effectivement montée et jouée[^25]. Il sera comblé sur ce point. Il a
depuis écrit deux autres pièces et s'est essayé au conte[^26], autre genre littéraire prisé par la gens
philosophique. Nul doute qu'il nous réserve encore bien d'autres
surprises, peut-être du côté du roman ou pourquoi pas de
l'épopée[^27].

\*

Cet essai, ramassé comme pour mieux sauter le pas de la littérature, ne
nous intéresse pas seulement par la position singulière qu'il occupe
dans l'œuvre de François Ost, mais aussi par la question qu'il pose, sur
laquelle il reviendra souvent dans ces études de droit et littérature,
du fondement théologico-politique de la loi et du lien social. La
puissance de l'essai tient en particulier à sa forte unité
problématique, par delà la grande diversité des textes qu'il analyse, et
à la force et la subtilité de la thèse tendue qu'il défend, laquelle
demande à être exposée précisément pour ne pas en donner une vision
réductrice.

Nous savons que ce texte constitue d'abord la contribution de François
Ost à une recherche collective qui s'interroge sur la montée en
puissance du droit négocié, lequel tendrait de plus en plus sinon à se
substituer du moins à concurrencer le règne du droit imposed. La thèse
principale de François Ost est celle d'un enchevêtrement inextricable de
la loi et du contrat[^28]. Il y a dans
toute loi une part de négociation, de même qu'il y a de l'institution au
fondement de tout contrat[^29]. Il
n'existerait donc pas, dans la réalité sociale, de forme chimiquement
pure de la loi ni du contrat, mais bien des molécules combinant, suivant
des structures et des doses variables, tant des éléments imposés que
négociés. Nous pourrions dès lors tenter d'y voir une nouvelle
application de la fameuse loi de la bipolarité des erreurs, souvent mise
en évidence dans les travaux de François Ost et Michel van de
Kerchove[^30], qui
plaiderait dans le sens d'un compromis entre deux modèles théoriques
extrêmes de la juridicité. Mais François Ost réfute par avance cette
lecture aristotélicienne de sa thèse : « Il ne s'agit ni d'une voie
moyenne qui tiendrait le milieu entre deux extrêmes ni d'une oscillation
pendulaire d'un pôle à l'autre », prévient-il dès
l'introduction[^31]. « Il s'agit bien plutôt
d'une dialectique en acte entre deux formes contrastées de production du
droit qui sont toujours et à chaque instant
compossibles »[^32]. Mais ce n'est pas une dialectique
historique, de type hégélienne, « qui conduirait », de manière
nécessaire, du Sinaï au Champ-de-Mars, « par le miracle d'on ne sait
quelle ruse de l'histoire, du simple au complexe ou du moins bon au
meilleur (à moins que ce ne soit l'inverse) »[^33].

François Ost entreprend au contraire de montrer le caractère permanent
et indépassable de la tension et de l'entrelacs de l'imposé et du
négocié au fondement de toute société et de son droit, tels qu'il les
met en lumière dans les grands récits de fondation et les formules du
pacte social fondateur. Il relativise sur ce point les grandes
oppositions classiques de l'histoire des idées, aussi bien entre Athènes
et Jérusalem[^34] (1938), Le bruit du temps, 2011) et dans l'oeuvre de Léo
Strauss, mais aussi chez Franz Rosenzweig et Emmanuel Levinas, la forme
du paradoxe ou de la tension irréductible de la raison et la loi/foi,
qui est au coeur de ce qu'on appelle "la philosophie juive" (Sur la
question en particulier du passage de la transcendance à l'immanence, ou
l'inverse, qui l'anime et la travaille en permanence, on lira le livre
de Gérard Bensussan, *Qu'est-ce que la philosophie juive?,*
Desclée-De Brouwer, 2004).] qu'entre les Anciens et des Modernes. Il ne
s'agit pas pour lui d'opposer l'immanence de la loi de la cité à la
transcendance de la loi divine, non plus que la soi-disant autonomie des
modernes et à l'hétéronomie des anciens. Au contraire, l'essai a pour
but d'exhiber « le paradoxe fondamental de l'intrication du négocié et
de l'imposé »[^35], qui est à l'œuvre aussi
bien dans la réception de la *tora* dans l'*Exode* que dans la
fondation des institutions de la cité grecque et dans les théories
modernes du contrat social. L'auteur ne s'intéresse donc pas dans cet
essai aux productions du droit positif, mais bien aux récits et aux
actes de fondation des sociétés. Il se situe moins sur le plan de la
théorie du droit que sur celui de la philosophie politique et même
théologico-politique, dès lors qu'il interroge spécialement la nécessité
de l'intervention, au moins supposée, d'un tiers extérieur au Peuple,
d'une instance tierce transcendante ou divine, qu'elle revête la forme
du Dieu du Sinaï, d'Athéna ou du Souverain.

Relisant le récit de l'*Exode*, François Ost n'a pas de peine à
montrer que la *tora* n'est pas une loi tombée du ciel qui se
serait imposée instantanément au peuple hébreu errant dans le désert. Il
nous raconte les multiples épisodes de la relation à distance entre
Yahvé et son peuple[^36]. Une relation tumultueuse,
de rapprochements mais aussi de ruptures, fragilisée par la crainte, la
méfiance et les déceptions mutuelles. Il met en évidence le rôle
essentiel de Moïse comme médiateur dans la négociation de l'alliance,
mais aussi de la loi qui en est le produit. Car François Ost décortique
le processus itératif de négociation qui s'établit entre Dieu et Moïse
que ce soit dans la « tente de rencontre » dressée à l'extérieur du
camp, où ils s'entretiennent face à face[^37], ou à l'occasion des rédactions
successives sur le Mont Sinaï du texte de la loi, dont on ne sait plus à
la fin s'il a été tracé par le doigt de Dieu ou par la main de
Moïse[^38], Paris, Gallimard, 1982, pp. 55-59, qui analyse
l'épisode où Dieu explique à Moïse le sens des "couronnes" sur certains
caractères du texte de la loi et le transporte ainsi dans la classe de
R. Akiba.]. Laissé à lui-même, le peuple s'est fabriqué un veau d'or
pour l'adorer, tandis que Dieu a gravé seul les premières tables de la
loi. Moïse brûle l'idole et brise les tables. Ce double geste, nous
explique François Ost[^39], conjure les
dangers de la pure immanence et d'une transcendance trop unilatérale,
permettant ainsi de forger l'anneau d'alliance dans un alliage plus
solide et de libérer la loi de sa gangue de pierre.

Du Mont Sinaï, François Ost nous emmène ensuite vers les collines de la
Pnyx et de l'Aréopage. Les tragédies d'Eschyle et de Sophocle, rédigées
durant la période de la démocratie athénienne, constituent les matériaux
choisis pour l'investigation des fondations. Ces tragédies, riches
d'enseignement sur le droit et les institutions de l'époque, convoquent
les mythes et les dieux pour rendre compte en particulier de la création
des tribunaux et des questions fondamentales que soulève leur
fonctionnement. François Ost analyse notamment les *Euménides* qui
raconte le jugement d'Oreste, poursuivi par la vengeance des Erinyes qui
lui réclament le prix du sang pour le meurtre de sa mère Clytemnestre et
de son beau-père Egisthe. Il nous montre, dans cette tragédie qui pour
une fois fini bien, une nouvelle combinaison réussie de la transcendance
et de l'immanence, cette fois non plus dans l'établissement de la loi,
mais dans celui des tribunaux[^40]. La
déesse Athéna, à qui Oreste demande justice, fonde à cette occasion
l'Aréopage, tribunal humain qu'elle préside dans cette affaire
inaugurale, dont elle dirige les délibérations. Elle ajoute son suffrage
à celui des juges humains partagés pour faire pencher la décision dans
le sens de l'acquittement. Fondement divin d'une juridiction humaine qui
permet de rompre le cycle interminable de la vengeance familiale pour
instituer la justice de la cité.

De là, François Ost nous transporte chez les Modernes et dans les grands
textes de la philosophie politique qui, de Hobbes à Rousseau, théorisent
le contrat social. Il ne se contente pas de montrer que « la prétention
à l'auto-fondation du social »[^41] qui
caractérise la doctrine du contrat social suscite « d'innombrables et
parfois massifs 'retours du refoulé' »[^42],
c'est-à-dire de la transcendance, sous la forme de la divinité ou de son
substitut mortel, le souverain. Il veut surtout mettre en évidence les
paradoxes logiques qui rendent cette entreprise d'auto-fondation
impossible[^43].

Notons d'ailleurs, pour apporter un peu d'eau supplémentaire à ce
moulin, que nos philosophes laissent en définitive très peu de marge à
la négociation, voire aucune, dans la détermination des clauses du
contrat social moderne. Elles sont universelles et relèvent du droit
naturel en tant qu'elles se déduisent nécessairement de la droite
raison. L'autonomie du social ne s'établit en fait que sous l'égide
d'une raison divinisée et transcendantale qui en fixe très précisément
le cadre. Rousseau se montre particulièrement clair sur ce point :



> « Les clauses de ce contrat \[social\] sont tellement déterminées par la
> nature de l'acte que la moindre modification les rendraient vaines et de
> nul effet ; en sorte que, bien qu'elles n'aient peut-être jamais été
> formellement énoncées, elles sont partout les mêmes, partout tacitement
> admises et reconnues »[^44], L. I, ch. VI "Du pacte social", Garnier-Flammarion, 1966, p.
> \51.

.
]

Pour Rousseau, non seulement les clauses du pacte social ne sont pas
négociables, mais il ne devrait pas davantage avoir d'espace pour la
négociation ni même pour la délibération publique des lois. D'abord, la
loi est rédigée par le législateur, « figure mythique, 'quasi-divine' »
selon Rousseau, nous dit François Ost[^45], qui en interrogeait déjà le mythe et celui de sa rationalité
dans sa thèse de doctorat et dès le premier Séminaire interdisciplinaire
d'études juridiques de Saint Louis[^46], Pub. F.U.S.L., 1978, pp. 97-184.]. Ensuite, la loi
est l'expression de la volonté générale. Selon Rousseau, celle-ci
s'exprimerait dans toute sa pureté « si les citoyens n'avaient aucune
communication entre eux » et « que chaque citoyen n'opine que d'après
lui ». Dans ce cas, « la délibération serait toujours
bonne »[^47].

Cette philosophie de la délibération avec soi-même sera transposée aux
institutions judiciaires, dès la Constituante en 1791, par
l'introduction de « l'intime conviction » comme critère ultime de la
décision des juges[^48]. Dans la fameuse adresse aux jurés de l'article
353 du Code d'instruction criminelle, qui a subsisté jusqu'il y a peu
dans notre droit, la loi « leur prescrit de s'interroger eux-mêmes dans
le *silence* et le *recueillement* et de chercher dans la
sincérité de leur *conscience*, quelle impression ont faites sur
leur raison les preuves rapportées contre l'accusé et ses moyens de
défense »[^49]. Ayant forgé cette
conviction intime dans le for intérieur, ils la confient à un bulletin
secret, qui sera brûlé immédiatement après le compte des suffrages.

Point de négociation, ni de compromis. Pas même une discussion publique,
contradictoire et argumentée. La délibération politique et judiciaire se
limite ici au dialogue invisible et silencieux de l'âme avec
elle-même[^50], menée par
chacun des citoyens comme une série de monades. Les parlementaires et
les juges ne font pas tant valoir un point de vue qui leur serait propre
qu'ils ne servent de révélateur à l'expression des décrets de la Raison,
un peu à la manière dont les Septante travaillaient chacun
solitairement, mais sous l'inspiration directe du Saint-Esprit, en sorte
de parvenir tous exactement à la même traduction de la Bible en grec.

A l'issue de cette triple investigation, il semble bien que François Ost
ait raison de conclure que « le social doit s'auto-fonder, le droit doit
se négocier à l'aide de ses propres ressources, et pourtant cela n'est
possible qu'en prenant appui sur quelque point fixe
extérieur »[^51]. Mais si cette
intervention extérieure, qu'elle émane de Yahvé, d'Athéna ou de la
déesse Raison, apparaît indispensable, il nous faut quand même nous
interroger aussi sur son coût. La référence au tiers ne serait-elle pas
en effet l'occasion et le prétexte de l'éternel retour des maîtres et le
moyen d'assurer la domination de ceux qui prétendent parler et régner en
leur nom ? Ce point demanderait quelques investigations.

Ainsi, les études bibliques contemporaines ont multiplié les indices,
dans l'invention relativement tardive du personnage de Moïse et dans
certains épisodes de l'*Exode* analysés par François Ost, de
l'intervention d'une source sacerdotale, soucieuse de fonder la
légitimité de sa fonction et de son pouvoir[^52]. L'épisode du veau d'or en particulier serait destiné à
manifester la nécessité d'une médiation des prêtres et du culte entre
Israël et son Dieu[^53], Bayard/Labor et
Fides, 2015. -- Voyez également les cours dispensés par l'auteur sur ce
sujet dans sa Chaire « Milieux bibliques » au Collège de France
(<http://www.college-de-france.fr/site/thomas-romer/>), en
particulier les cours de 2013-14 et 2014-15 sur _Le livre de
l'Exode : mythes et histoires_.].

Bien plus tard, ceux que l'Evangile appelle « les Pharisiens »,
c'est-à-dire la caste des rabbis, qui pratiquent une lecture
essentiellement juridique de la tora, iront jusqu'à dénier au ciel le
droit d'interférer dans leurs délibérations et leurs jugements. Dans un
passage du *Talmud*, la célèbre aggada du four
d'Ochnaï[^54], Bruylant, 2011 (3e éd.), § 45.], que François Ost a
lui-même commenté par ailleurs[^55], Grasset, 1992).], les « Sages » rejettent une
interprétation qu'une voix céleste leur confirme pourtant. Ils invoquent
les textes mêmes du *Deutéronome* et de l'*Exode* pour
affirmer que la loi n'est pas dans les cieux et qu'il appartient
exclusivement aux sages, qui sont aussi les juges, d'en décider le sens
suivant la règle de la majorité. Dieu aurait souri et dit : « Mes
enfants m'ont vaincu ! ».

Ces « Sages » entendent surtout protéger leur autorité et défendre leurs
prérogatives contre les courants mystiques et les prophètes qui, comme
Jésus de Nazareth, portent le projet d'une alliance d'un autre ordre
entre Dieu et tous les hommes[^56], p. 4) ou peut-être à cause de cela. La question de la foi, au
sens strict et religieux du terme, est sèchement écartée comme une
« affaire privée » dans une note de bas de page à la fin de l'ouvrage
(*Du Sinaï*, p. 125, n. 2). François Ost n'a pas encore, à ma
connaissance, proposé sa lecture des textes et des récits du
*Nouveau Testament*. Il est attendu sur ce terrain. Le temps
viendra sans doute un jour pour lui de les soumettre à l'analyse
littéraire et philosophique.]. N'est-ce pas d'ailleurs le lot de presque
toutes les religions d'engendrer des castes de prêtres, qui
instrumentalisent l'aspiration à la transcendance et la crédulité des
fidèles pour alimenter y compris par la violence la force de leur
pouvoir ? N'est-ce pas le même texte de l'ancien testament que le
tribunal de la sainte inquisition utilisera pour condamner Galilée et
faire obstacle aux découvertes de la science ? Et qui ne voit
aujourd'hui les dangers mortifères des radicalismes religieux de toutes
obédiences ? Bien sûr François Ost n'ignore rien de ces dangers. Il
connait mieux que quiconque les risques que l'on prend à jouer avec le
feu du sacré et à déchaîner les puissances imaginaires du mythe. Aussi
prône-t-il d'user de mille formes de ruse avec la transcendance pour ne
pas s'y abîmer[^57].

Quant à l'Aréopage, qu'a fondé Athéna, n'est-il pas le dernier lieu du
pouvoir oligarchique des archontes ? Réduit par les démocrates à un
organe judiciaire, par la réforme de -- 461, il demeure le tribunal des
anciens, qui se réunit nuitamment et interdit tout artifice oratoire.
Aussi ne sera-t-il guère surprenant de le voir mis à l'honneur par les
adversaires de la démocratie et notamment par des philosophes comme
Platon[^58], Presses Pocket, 1986.]. Les rois-philosophes qu'il appelle de
ses vœux gouverneront d'ailleurs selon des procédés qui ne sont pas sans
rappeler, en pire, ceux de l'organe aristocratique.

L'aréopage s'oppose ainsi trait pour trait à l'Héliée, le tribunal
citoyen et solaire, dont les jurés siègent en grand nombre sur l'Agora
et où les sophistes occupent le prétoire. Ces sophistes qui ont, les
premiers, mobilisé la figure du contrat au fondement des lois et de la
cité[^59], développant ainsi ce que
François Ost appelle « une conception auto-référentielle de la
société »[^60]. Une conception où l'homme est devenu
mesure de toutes choses et qui confie la construction du futur à
l'action politique et la liberté humaine[^61]. Mais
s'interroge François Ost, « une société, quelle qu'elle soit, peut-elle
assumer le poids d'une telle indétermination ? L'auto-référence
sophistique est-elle vraiment concevable ? »[^62].
Protagoras lui-même n'a-t-il pas recouru au titan Prométhée pour
expliquer le don de l'art politique aux hommes, dont la répartition à
parts égales entre tous les citoyens légitime la forme démocratique du
gouvernement ? Du moins Prométhée n'a-t-il pas exigé qu'on lui voue un
culte ni imposed le joug de son clergé.

Aussi, je préfère un social instituant qu'un social institué, même s'il
faut pour cela affronter le vertige du vide, de l'absence de fondement,
qui est aussi celui de la liberté de la pensée et de l'action, avec ses
risques. Pour cela, je me rangerai toujours, comme mes illustres
prédécesseurs, du côté des sophistes, contre les maîtres de vérité,
quels qu'ils soient[^63], Maspero, 1967.]. Cette idée
d'une société qui produit elle-même son sens et ses institutions rejoint
d'ailleurs, me semble-t-il, le concept d' « auto-transcendance » mis en
avant par François Ost dans son essai. Encore, fait-il preuve, avec
raison, de davantage de prudence, au sens de la *phronesis*
grecque. A l'instar des tragiques, il préfère de ne pas dissiper trop
vite ce qu'il appelle « l'énigme du fondement »[^64], p. 80.]. « On sait, ajoute-t-il, ce qu'il en a coûté à Œdipe
d'avoir cru pouvoir se débarrasser du poids de\[s\]  (…) questions \[du
Sphinx\] »[^65]. Puisque donc ces mystères qui nous
dépassent sont en quelque sorte nécessaires, plutôt que de les élucider,
feignons ou plutôt assumons pleinement d'en être les organisateurs. Et
ajoutons y par l'écriture et par la littérature qui est peut-être une
forme d'auto-transcendance personnelle.

Bon travail et bon vent, cher François ! La suite de ton œuvre t'appelle
et t'attend.



> La Motte, Bousval, 10 avril 2017.



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[^1]: F. Ost, _Du Sinaï au
Champ-de-Mars
[^2]: Ph. Gérard, F. Ost et M. van de Kerchove (dir.),
*Droit négocié, droit imposé ?*, Publications des Facultés
Universitaires Saint Louis, 1996.
[^3]: _Droit négocié, droit
imposé ?
[^4]: A
l'invitation chaleureuse de François Ost, la _Revue
interdisciplinaire d'études juridiques
[^5]: F. Ost, *Le temps du droit*, O. Jacob, 1999. - Ph.
Gérard, F. Ost et M. van de Kerchove (dir.), _L\'accélération du
temps juridique
[^6]: Dans une note encore discrète, F. Ost rattache
d'ailleurs explicitement sa démarche à ce courant d'étude (_Du
Sinaï
[^7]: Ph. Gérard, F. Ost, M. van de
Kerchove, L. Van Eynde (dir.), _Lettres et lois. Le droit au miroir
de la littérature
[^8]: *Du Sinaï*, p. 25.
[^9]: F. Ost, _Raconter la loi.
Aux sources de l'imaginaire juridique
[^10]: La métaphore du passage que je file dans ce texte est
présente dans l'essai, de même, dans une moindre mesure, que celle du
saut et du moment au désert que j'exploite également. Le lecteur
attentif ne manquera pas de les y retrouver.
[^11]: « Jupiter, Hercule, Hermès : trois modèles du juge »,
in *La force du droit. Panorama des débats contemporains*, sous la
dir. de Pierre Bouretz, Paris, Esprit, 1991, pp. 241-272.
[^12]: *Du Sinaï*, "Hermès encore",
conclusion, pp. 123-126.
[^13]: G. Droz, *Les mythes platoniciens*, Seuil, col.
Points, 1992. -- « Le mythe a été sauvé de l'oubli et ne s'est point
perdu. Il peut, si nous y ajoutons foi, nous sauver nous-mêmes »
(*République*, L. X, cité par G. Droz).
[^14]: R. Barthes, *Mythologies*, Seuil,
\1957.
[^15]: F. Ost, *Antigone voilée*, Larcier,
col. "Petites fugues", 2004.
[^16]: F. Ost, *Antigone voilée*, op. cit.,
"avant-propos", p. 8.
[^17]: *Idem*
[^18]: *Idem.*
[^19]: "Antigone ou
l'auto-transcendance de la cité" in *Du Sinaï*, pp. 70-73.
[^20]: L. Couloubaritsis et F.
Ost, *Antigone et la résistance CIVIL*, Ousia, 2004. -- J'ai eu à
nouveau la chance que François Ost m'invite à y contribuer : B. Frydman,
"La rhétorique judiciaire dans l'Antigone de Sophocle", *op. cit.*,
pp. 161-184, dont les thèses rejoignent d'ailleurs pour une grande part
les analyses de François Ost. Celui-ci m'a ainsi inoculé le virus
d'Antigone, qui ne m'a pas quitté depuis (B. Frydman, "Les métamorphoses
d'Antigone", textes des conférences de la Chaire Michel Villey 2015,
*Droit et Philosophie*, vol. VIII, Dalloz, 2017, en cours de
publication).
[^21]: F. Ost, *Raconter la loi*, op. cit., ch. III, pp.
153-203.
[^22]: M. Foucault,
*L'ordre du discours* (texte de la leçon inaugurale de M. Foucault
au Collège de France), Paris, Gallimard, 1971, pp. 27-28, souligné par
l'auteur.
[^23]: Jean-Paul Sartre s'appuie sur les
*Choéphores* d'qui racontent le meurtre par Oreste de sa mère
Clytemnestre et de son beau-père Egisthe.
[^24]: Il
s'intéresse cependant moins au crime d'Oreste qu'à son jugement et donc
à la pièce des *Euménides*, auquel il consacre la plus longue
analyse dans *Du Sinaï,* "Les Euménides ou le triomphe de la parole
(Dire le droit), pp. 63-70. On retrouve d'ailleurs l'analyse de
l'Orestie dans la même position éminente au chapitre II de
*Raconter la loi* (op. cit., pp. 83-151) dans lequel la vengeance
meurtrière d'Oreste et la pièce des *Choéphores*, font cette fois
l'objet d'une analyse spécifique (op. cit., pp. 107-114).
[^25]: F. Ost, *Antigone voilée*,
op. cit., p. 7. Dans ce passage, l'auteur lance un véritable appel aux
metteurs en scène et aux acteurs, mais aussi aux étudiants et aux
lycéens, de s'emparer de son texte, de lui donner VI, de le faire
suivre de discussions et de débats.
[^26]: J'ai
conservé le souvenir émerveillé et le texte intitulé "L'arche et la
tour", "petit conte de Nöel babélien" que François Ost m'envoya, ainsi
qu'à ses amis je suppose, en guise de bons voeux au début du mois de
janvier 2007 et qui est certainement le plus beau cadeau de Noël que
j'ai reçu cette année-là.
[^27]: Pour être parfaitement clair, ce sont ici des
spéculations toute personnelles et je ne suis le dépositaire d'aucune
confidence de la part de notre auteur.
[^28]: *Du Sinaï*, p. 15.
[^29]: *Du Sinaï*, p. 13.
[^30]: F. Ost et M. van de Kerchove, « De la 'bipolarité des
erreurs' ou de quelques paradigmes de la science du droit », in
*Archives de philosophie du droit*, t. 33, 1988, pp. 177-206.
[^31]: *Du Sinaï*, p. 16
[^32]: *Idem.*
[^33]: *Du Sinaï*,
p. 24.
[^34]: Athènes et Jérusalem sont les allégories d'un
débat entre la Raison et la Foi dont la culture chrétienne est censée
avoir réalisé la synthèse en particulier dans le compromis thomiste. Il
retrouve, à l'initiative d'abord de certains penseurs juifs, comme Léon
Chestov (*Athènes et Jérusalem*. _Essai de philosophie
religieuse
[^35]: *Du Sinaï*, p. 18.
[^36]: *Du Sinaï*, pp. 39-40 découpe la
longue séquence en dix tableaux, qui font l'objet d'une analyse
minutieuse dans toute la suite du chapitre.
[^37]: Ex. 33, 11. --
*Du Sinaï*, pp. 40 et 47.
[^38]: *Du Sinaï*, pp. 41 et 47. - Sans même évoquer
l'enseignement de la loi orale, qui complète, tempère et féconde la loi
écrite. Cet épisode n'est pas mentionné explicitement dans le texte de
l'*Exode*, mais jouera plus tard un rôle essentiel dans la
tradition juive puisqu'elle permet de conférer à cette loi orale, qui
sera consignée dans le *Talmud*, une égale dignité avec la loi
écrite, en les faisant remonter toutes deux au Mont Sinaï.
L'enseignement de la loi orale, pendant les quarante jours passés par
Moïse sur le Mont Sinaï donne lieu dans le *Talmud* à différents
épisodes savoureux de discussion entre Dieu et Moïse puisqu'aussi bien
l'étude, dans la tradition rabbinique, s'inscrit nécessairement dans un
processus dialectique. Voyez notamment *Mena'hat*, 29, commenté par
H. Atlan dans "Niveaux de significations et athéisme de l'Ecriture", in
_La Bible au présent, XXII colloque des intellectuels juifs de
langue française
[^39]: *Du Sinaï*, pp. 51-54.
[^40]: *Du Sinaï*, pp. 63-70.
[^41]: *Du Sinaï*, p. 88.
[^42]: *Idem.*
[^43]: *Idem.*
[^44]: J.-J. Rousseau, _Du contrat
social
[^45]: *Du Sinaï*, p.
\114.
[^46]: F. Ost et J. Lenoble,
*Droit, mythe et raison*, Pub. F.U.S.L., 1980. -- François Ost : «
L\'interprétation logique et systématique et le postulat de rationalité
du législateur » , in *L\'interprétation en droit.* _Approche
pluridisciplinaire
[^47]: J.-J. Rousseau, *Du contrat social*, op. cit., L.
II, ch. III "Si la volonté générale peut errer", pp. 66-67. A l'inverse,
si les citoyens discutent entre eux, ils se forment des brigues et des
associations privées qui expriment des intérêts particuliers et
empêchent l'expression de la volonté générale.
[^48]: Décret des 16 et 29 septembre 1791 réformant
la procédure pénale.
[^49]: C'est moi qui souligne. On voit bien que la
"délibération" relève ici aussi du for intérieur.
[^50]: Selon la définition célèbre que Platon, à travers
Socrate, donne de la pensée dans le *Théétète*, 189a.
[^51]: *Du Sinaï*, p. 118.
[^52]: Les cohanim sont la
caste héréditaire des prêtres, qui descendent en ligne masculine
d'Aaron, lequel fut le premier grand prêtre (*cohen gadol*). Ils
sont soumis à des règles spécifiques et jouissent de certains
privilèges.
[^53]: Th. Römer, _Moïse en version
originale : Enquête sur le récit de la sortie d'Égypte
[^54]: *Baba Metsia*, 59b -- Pour une version française
de ce texte, son analyse et les références aux commentaires dont il a
fait l'objet dans la théorie du droit contemporaine : B. Frydman,
_Le sens des lois. Histoire de l'interprétation et de la raison
juridique
[^55]: F. Ost, "L'herméneutique
juridique entre hermétisme et dogmatisme. Le jeu de l'interprétation en
droit", *Revue internationale de sémiotique juridique,* 6 (1993),
pp. 227-247, qui analyse cet épisode comme le type d'une stratégie
hermétique, qui utilise le texte plus qu'il ne l'interprète (suivant la
distinction opérée par U. Eco dans _Les limites de
l'interprétation
[^56]: Jésus Christ, dont Moïse est la
préfiguration d'après la tradition chrétienne, est le médiateur par
excellence et la synthèse de la transcendance et de l'immanence. Fils de
Dieu, incarnation de celui-ci sur terre, sous la forme d'un simple
mortel parmi les hommes, mais qui va vaincre la mort, il est le premier
ministre d'une nouvelle alliance de la chair et de l'esprit, entre un
dieu d'amour et la communauté des humains qui se découvrent frères en
lui. La tradition chrétienne brille par son absence dans cet essai de F.
Ost, qui a pourtant reçu l'*imprimatur* (par E. Goffinet, vicaire
général, évêché de Malines, le 20 août 1999, mentionné dans _Du
Sinaï
[^57]: *Du Sinaï*, p. 125.
[^58]: J. de Romilly, _Problèmes de la démocratie
grecque
[^59]: *Du Sinaï*, p. 60.
[^60]: *Idem.*
[^61]: *Idem*.
[^62]: *Idem.*
[^63]: Sur l'opposition en Grèce, dès l'époque
archaïque, du modèle de la discussion entre égaux, qui émerge avec la
révolution hopplitique, aux maîtres de vérité archaïques que sont le roi
de justice, le devin et le poète, ces maîtres de l'*alètheia* dont
les philosophes entendent restaurer le règne contre les sophistes, il
faut lire la magnifique étude d'inspiration structuraliste de Marcel
Detienne, que je ne me lasserai jamais de lire ni de citer : _Les
maîtres de vérité dans la Grèce archaïque
[^64]: _Du
Sin__________________
